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Comment appréhender un homme, comme Pierre Versini, qui aime ensemble Verdi et Wagner ? Au fond, rien de très étonnant : Octave Mirbeau, en son temps, manifesta son admiration pour Verdi, mais vit chez Wagner « la plus haute, la plus sublime expression de l'art du dix-neuvième siècle. » Oui mais voici : Pierre Versini est immergé dans la génération Woodstock, du genre à siffler « My generation » des Who sous la douche. Et tout cela suppose un esprit éclairé et suffisamment de gourmandise pour nourrir cette approche éclectique de la musique. Du reste, éclectique, Pierre Versini l'est dans d'autres domaines, lui qui met sur un même piédestal Charles de Gaulle et François Mitterrand (!), Napoléon (« Je suis fasciné par Napoléon ») et Pancho Villa...
On le croit tourné résolument vers la littérature anglo-américaine contemporaine quand il évoque Henry Miller, John Steinbeck ou Arthur Canon Doyle. Patatras ! les « deux ouvrages qui ne le quittent pas » sont « Les pensées » de Pascal et « Les dialogues » de Platon. Son goût pour les vins corses « cerisés et profonds » pourrait le ramener à moins de complexité, si ce n'était ce « goulash à la hongroise agrémenté d'une forte dose de paprika » qu'il préconise pour la circonstance. Finalement, il ne reste que son attrait pour l'impressionnisme, Claude Monet en particulier, qui ne soit contesté par sa curiosité intellectuelle.
Mais qui est donc Pierre Versini ? Le conseiller général UMP de Sartène. Entré, victorieusement, en politique à l'âge de cinquante-quatre ans mais qui reconnaît s'y intéresser depuis... l'âge de quinze ans. Ah ! que de contradictions ! Ce qui, en définitive, serait plutôt rassurant - après tout nous ne sommes plus à une contradiction près : à une époque où il est de bon ton de décrier, de mésestimer et bien sûr de brocarder les hommes et les femmes politiques, Pierre Versini est la preuve vivante que les hémicycles sont aussi peuplés de talents. Des talents animés, souvent, de convictions. Ce qui ne gâche rien.
Comme beaucoup d'hommes de sa génération, Pierre Versini s'est éveillé à la politique dans le culte du général de Gaulle. Est-ce suffisant à expliquer son adhésion à l'UMP ? Pas si sûr. D'autres considérations entrent dans le jeu subtil de ses réflexions, comme par exemple un PS qui l'agace, au point d'en avoir fait, peut-être, un homme de droite par anti-thèse. Ce qui est sûr, c'est que Pierre Versini est bien, et même très bien dans ses baskets UMP : « Je suis fier d'en faire partie, et particulièrement satisfait de voir Xavier Bertrand aux commandes. » Cette dernière considération faisant de lui un sarkoziste affirmé. C'est-à-dire un homme de droite prêt à tout repenser. Enclin au changement des institutions et aux réformes de société (« L'ouverture est indispensable pour pouvoir gouverner et réformer »), tourné vers des idéaux.
« Je crois en la Res publica, la chose publique chère à Platon. Pour moi, la politique, c'est avant tout le peuple sans lequel rien n'est possible et qu'il ne faut pas oublier une fois élu. Je sais que cela peut prêter à sourire, mais je n'en ai cure, j'essaie avec passion de donner le meilleur de moi-même pour contribuer à améliorer l'ordinaire des gens et toute mon activité politique est axée vers cet objectif noble, je suis quelqu'un de simple mais de déterminé. » Quant à savoir ce qui a décidé ce fonctionnaire (comme quoi la réputation qu'on fait aux fonctionnaires...) à entrer dans l'arène politique, rien n'est plus simple : « J'ai senti que c'était le moment. »
A dire vrai, l'élection cantonale de mars 2008 n'était pas son baptême du feu. Pierre Versini, en effet, a été candidat à la municipale de Sartène, en 1977, sur la liste de Jacques-Antoine Matteaccioli, mais n'arrivera pas à déboulonner Dominique Bucchini de son socle. Aujourd'hui, l'élu a bien conscience de la différence qu'il y a entre un scrutin de liste (pour un colistier) et un scrutin uninominal. Lui peut se prévaloir de quelques milliers de suffrages, qui se sont portés sur son nom. Ce qui le rendrait légitime à l'heure des négociations, plus serrées que jamais depuis l'application de la loi dite de « parité », pour la constitution de la liste UMP à la prochaine territoriale. De fait, il ne rejette pas l'hypothèse. Il s'en remettra probablement, très probablement, à ses amis politiques : Jean-Jacques Panunzi, le président du conseil général de Corse-du-Sud et Marcel Francisci, le maire de Ciamanacce et conseiller général de Zicavo récemment réélu à la tête de la fédération départementale de l'UMP. Pour l'heure, dans le sillage de Marcel Francisci, il s'attache à rénover en profondeur son parti : « Il faut assurer une présence plus forte sur le terrain, animer véritablement un bureau politique et le rendre plus réactif, réintroduire le débat d'idée qui fait la force de notre mouvement, se manifester sur les grands thèmes de société. »
Il est vrai que cet UMP qui ne va au contact des militants qu'en période électorale ne doit pas être du goût de celui qui en fut le président avant d'être celui de tous les Français. Actif sur le terrain (d'entrée de jeu il s'est activé à développer tous les moyens de communication : réseau routier, Internet, etc.) Pierre Versini pourrait bien participer intellectuellement du renouveau du premier parti de Corse. Retenez ce nom. On se demande parfois quelle nouvelle tête pourrait bien apparaître sur l'échiquier politique local. En voici une.
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