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N°112 - Janvier 2009
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Par Jean-Claude Casanova

 
 

La bonne fortune

 
 

La crise financière est venue de New York et de Londres. Elle affecte l'Europe et le monde. Les résultats économiques de la France, comparés à ceux de l'Allemagne ne sont pas satisfaisants.

 
 

- Pour les Romains, la Fortune était la fille ainée de Jupiter. Ceux qu'elle choisissait étaient aimés des dieux. Pour un homme politique la chance était donc, nous dit Machiavel, la vertu essentielle. Que peuvent, en effet, espérer de mieux les citoyens d'une République ? Reconnaissons, pour lui rendre hommage, que pendant les six mois où il a présidé le Conseil européen, Nicolas Sarkozy a été l'enfant chéri de cette déesse. Il en est d'ailleurs manifestement heureux.
Comme le traité de Lisbonne n'était pas ratifié, le président du Conseil européen, qui sera un jour distinct des chefs de gouvernement nationaux, ne se trouvait pas en place, ni le futur ministre des affaires étrangères de l'Europe. Nicolas Sarkozy pouvait donc agir seul sur le devant de la scène, d'autant que José Manuel Barroso, en l'accompagnant et en l'approuvant partout, lui a servi de faire-valoir. Première chance, donc, pour notre Président de la République.
Deuxième chance : les événements. La Russie par sa démesure et l'Amérique par son dérèglement ont offert deux scénarios magnifiques : l'intrusion des troupes russes en Géorgie, et la crise financière à Wall Street. En juin dernier on se creusait les méninges pour trouver des sujets sur lesquels la France, à la tête de l'Europe, pourrait briller et on ne trouvait rien de bien glorieux. Le projet méditerranéen, redimensionné par les Allemands, en progressant avait perdu de son éclat. Notre propre situation économique, en raison du déficit public et du déficit extérieur, n'était pas exemplaire, et des sujets comme la TVA des restaurateurs, l'environnement ou les migrations ne risquaient pas de nous couvrir de gloire. La divine surprise est donc venue de l'histoire. En masquant nos faiblesses, elle a grandi notre rôle.
Encore fallait-il bien jouer. En Europe et hors d'Europe, ce qui n'était pas simple. Mais Nicolas Sarkozy avait les qualités nécessaires. On peut regretter la délicatesse de sa rhétorique si on le compare à Mitterrand, on peut hésiter sur son aptitude à choisir de bons ministres si on le compare à De Gaulle, on peut critiquer son discernement économique si on le compare à Giscard d'Estaing, mais si on le compare à Chirac on ne doutera ni de son énergie, ni de son aplomb, ni de son intuition, en un mot de son sens stratégique. Qui lui permet de comprendre immédiatement une situation et d'en tirer parti. J'ajouterai, ce qui est la seule chose qui compte, qu'il en a tiré parti pour le bien de l'Europe.
En Géorgie et dans le Caucase, il a fait apparaître l'Europe comme la médiatrice principale, égale de la Russie à laquelle était dévolu le mauvais rôle et à la place des Etats-Unis embarrassés par les encouragements qu'ils avaient donnés aux Georgiens. Il est resté, en même temps l'allié fidèle de l'Amérique et la réconciliation avec l'Otan, qu'il avait mené à bien auparavant, a facilité sa tache. Il en est résulté qu'il a placé l'Europe politique sur le devant de la scène, soucieuse de ses frontières, attentive au respect du droit international et ne se laissant pas impressionner par les rodomontades russes. Bien sûr ni le problème caucasien, ni le problème ukrainien, ni la question des rapports de l'Europe avec la Russie ne sont réglés et ne pouvaient l'être. Mais il a été posé et affirmé que l'Europe politique existe et qu'il faut compter avec elle.
La crise financière est venue de New-York et de Londres. Elle affecte l'Europe et le monde. Les résultats économiques de la France, comparés à ceux de l'Allemagne ne sont pas satisfaisants. Nicolas Sarkozy a obtenu la réunion du G20 et non pas du G8.Il a profité de la paralysie électorale de Washington. Ce qui fait apparaître la responsabilité des Etats-Unis et minore leur rôle dans les décisions futures qui devront être collectives. Il a su reconnaître la sagesse de Jean-Claude Trichet et de la Banque centrale européenne, dont il disait pis que pendre. Il a démontré que l'Europe, par son expérience et par son unité, contribuerait à une nouvelle réglementation financière qu'on ne déciderait pas uniquement à la City de Londres et à Wall-Street comme avant. En même temps, il a évité la tentation protectionniste et plaidé pour une relance coordonnée. Par là, il a affirmé que l'Europe, géant économique et nain politique, pouvait avoir une pensée organisatrice. Bien sûr, la crise n'est pas achevée. Mais l'Europe est apparue raisonnable et unie au moment ou le modèle financier anglo-américain se fissurait.
Le bilan européen de la présidence Sarkozy est donc globalement positif. Mais le succès crée des devoirs et ils sont simples à énoncer : se guider par une vision profonde et pas seulement par la chance ou par l'opinion, choisir des hommes de qualité pour diriger les institutions européennes, résister au projet américain qui dissout notre projet en y incluant la Turquie, et, surtout, démontrer par une politique économique vigoureuse et rigoureuse que l'Europe pourra servir de modèle.

 
 

Jean-Claude Casanova

 
 
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